Communiqué de presse du 14 novembre 2018

Le projet pilote d’abri estival pour personnes malades sans abri est terminé

Personne sans abri qui a froid et essaye de réchauffer ses doigts
Durant la période estivale, la Croix-Rouge genevoise a géré un projet pilote d’hébergement et de suivi socio-sanitaire des personnes malades sans abri. L’abri estival a permis de comprendre qu’une solution différente de l’hébergement d’urgence est nécessaire pour les personnes sans abri malades. Il faut un logement hors sol sur la durée, un personnel fixe afin de nourrir des liens de confiance, la présence d’infirmières et un suivi social. L’abri estival a fermé ses portes le 1er novembre 2018 au matin. Dès novembre, la Ville de Genève a pris le relai dans le cas de l’hébergement d’urgence durant la période hivernale.

Ouvert le 3 avril 2018 sous l’impulsion du Département de la cohésion sociale et de la solidarité de la Ville de Genève et grâce au financement conjoint d’un donateur privé, de la Ville de Genève et du Canton de Genève, l’abri estival, localisé dans l’abri de la Protection Civile (PC) de Richemont, a permis d’accueillir 167 personnes durant sept mois, soit une moyenne de 45 personnes par jour. Ce projet pilote a évité aux personnes sans abri les plus fragiles de retourner (sur)vivre à la rue, mettant alors au péril les bienfaits du dispositif hivernal du service social de la Ville de Genève.

Les personnes hébergées y disposaient d’un lit, d’un repas chaud et d’un petit-déjeuner. Elles avaient la possibilité de prendre une douche et bénéficiaient d’un accompagnement social et d’un suivi médical.

Les objectifs du projet étaient :

  • d’offrir une solution d’hébergement tout au long de l’année à des personnes sans abri malades ;
  • de leur faciliter l’accès aux soins et ainsi de prévenir une détérioration de leur état de santé ;
  • et d’améliorer significativement et sur le long terme leurs conditions de vie, en clarifiant leur éligibilité à l’obtention de prestations sociales.

Certains bénéficiaires, avec le soutien de l’assistante sociale ou par eux-mêmes, ont pu trouver d’autres solutions d’hébergement, telles qu’une colocation, une chambre d’hôtel via l’Hospice général, une place en foyer, un hébergement chez des amis ou des membres de la famille, ou encore, l’attribution d’un logement par le Secrétariat des Fondations Immobilières de Droit Public (SFIDP) ou la Gérance Immobilière Municipale (GIM).

Parmi les personnes encore sans solution d’hébergement, certaines sont dans l’abri depuis une année. L’hébergement dans la durée en particulier en sous-sol est un obstacle à l’amélioration de la santé psychique de ces personnes, qui souffrent souvent de troubles psychiques.

Au terme de ces sept mois, le bilan de l’abri estival par la Croix-Rouge genevoise démontre, sans l’ombre d’un doute, le bien-fondé d’offrir un abri et un accompagnement, toute l’année et idéalement hors sol, aux personnes malades sans abri. Le plus grand mérite de ce projet pilote est d’avoir établi que, pour les personnes sans abri malades, on ne doit plus réfléchir en termes d’«hébergement d’urgence». On doit penser soins, reconstruction, et développement de la capacité à entrer en lien avec autrui, et à faire confiance au corps médical et aux institutions sociales, ce à quoi l’image de la Croix-Rouge et la confiance qu’elle inspire ont grandement contribué.

Pour la période hivernale qui débute à présent, la Ville de Genève a décidé de maintenir la prestation d’accompagnement social au sein de l’abri. La Croix-Rouge genevoise s’est engagée à continuer à assurer des visites d’infirmières Croix-Rouge durant la période hivernale. Si les infirmières sont déjà actives, le financement idoine doit être encore trouvé.

Témoignage (extraits) :

« Je naviguais entre l’aéroport et les lignes de chemin de fer. Et ça veut dire ce que cela veut dire… L’aéroport pour l’envie farfelue de voyage ; les lignes de chemin de fer pour l’idée de faire le pas. Le dernier pas. Pour en finir.

[… ] Je n’ai pas fait ce dernier pas parce qu’il y a eu cette réponse professionnelle.

[… ] Je suis arrivé avec un besoin prioritaire, qui était celui de dormir. Mais, en plus, j’étais malade.

[… ] Mon passage à l’abri a été comme un moyen de rebondir. C’est grâce à vous tous. Et surtout à la manière dont c’est fait.

[… ] C’est essentiel qu’il existe des lieux d’accueil toute l’année. Cette réponse-là, il la faut. C’est indispensable à Genève. »